mardi 21 octobre 2008

La loi HPST passe devant le Conseil des Ministres.

C'est finalement demain 22 octobre à 10h que Mme Bachelot présentera le projet de loi HPST devant le Conseil des Ministres. Il avait été initialement prévu qu'il y soit présenté le 1er ou le 8 octobre ; le retard serait dû aux dernières négociations avec les nombreux professionnels de santé concernés par le texte.

D'après son agenda officiel, Mme la Ministre tiendra une conférence de presse à 12h pour présenter le projet de loi en présence de G. Larcher, président du Sénat (et accessoirement l'auteur du récent rapport sur l'hôpital dont s'inspire le texte) , de V. Létard, secrétaire d’Etat chargée de la Solidarité, de C. Saout, président du comité inter associatif sur la santé, et de P. Carli, directeur du Samu de Paris.

Il sera intéressant de noter si une ou des questions des journalistes présents concerneront l'article 20 qui traite de la réforme de la biologie. Ce sera en effet un test en grandeur nature de l'impact de la campagne de communication menée par l'Intersyndicale des biologistes.

En tout cas, la présentation de ce projet de loi a été l'occasion pour le journal le Monde de traiter le problème "de la double fracture géographique et sociale de l'accès au soins" . Le quotidien du soir (du moins son site) y consacre son éditorial et plusieurs articles (dont celui-ci ou celui-là) et conclut que les mesures de réorganisation proposées par le gouvernement répondent aux attentes des patients.

Pour l'instant, rien n'est acquis. Il faut d'abord que le texte passe devant le parlement où il faut s'attendre à une bataille d'amendements. Mais comme l'agenda parlementaire a été complètement chamboulé (pour les raisons que vous connaissez bien), l'examen du projet a été repoussé à janvier 2009. Ensuite, une fois adopté, il faudra que les décrets paraissent. Puis, les budgets devront être trouvés puis alloués pour appliquer ces textes. Bref, les effets structurants de cette loi ne devraient pas se voir avant plusieurs mois.

Quant à réforme de la biologie, nous n'aurons pas l'honneur de voir la représentation nationale s'en emparer pour en débattre. J'aurais vraiment aimé avoir l'avis des députés sur le supposé bienfait de la libéralisation complète du secteur et s'ils pensent vraiment qu'un système purement financier permettra de résorber la double fracture dont il est question plus haut. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles le cabinet de Mme Bachelot a privilégié la voie de l'ordonnance.

Tous les jours, les biologistes prennent en charge des dizaines de milliers d'ordonnances, mais il n'est pas certain qu'ils acceptent celle-ci.

GdM






vendredi 17 octobre 2008

La Biologie ne sera pas le cheval de Troie des financiers

C'est en substance le message que font passer les biologistes médicaux français réunis dans une Intersyndicale.

De quoi s'agit-il ?
Le rapport Ballereau (voir les billets précédents) formule un certain nombre de recommandations dont deux cristallisent la crainte et la colère des biologistes :

- l'ouverture complète du capital des laboratoires,
- l'absence de débat parlementaire pour la réforme de la profession,

Il ne s'agit pour eux de se regarder le nombril et de pleurer mais bien de soulever un problème qui concernera les autres professions de santé et par extension vous, les citoyens, assurés et usagers des prestations de santé.

Pourquoi une telle précipitation à libéraliser la biologie, alors que l'actualité nous montre depuis 3 semaines les dégâts d'une financiarisation à outrance ? L'Ordre des pharmaciens avance une réponse : "parce que certains conseillers des hautes instances gouvernementales ont un credo : la santé est une marchandise et pour faire baisser les coûts des analyses de biologie médicale, il faut déréglementer, libérer le capital social des laboratoires et instaurer une concurrence entre les structures".

Ce n'est pas une bonne idée, et c'est encore moins une bonne idée que d'esquiver le débat parlementaire.

Amis lecteurs, soutenez votre Biologiste en signant la pétition qui circule actuellement en France :
http://www.lasanteauxencheres.fr/petition.php

Et ne faisons pas la même erreur que les Troyens naguère, c'est-à-dire laisser entrer dans la place le cheval en bois creux construit par Epéios.

GdM

mercredi 8 octobre 2008

Touche pas à mon Labo d'analyses médicales!

Les Français ont tranché : ils ne sont pas d'accord avec les propositions radicales du rapport Ballereau :

- 90 % d'entre eux souhaitent conserver un laboratoire d'analyse à proximité,

- 85 % sont contre le fait que des investisseurs non-biologistes (et donc non professionnels de santé) puissent détenir des laboratoires d'analyses,

- 86 % souhaitent que la réforme puisse être discutée au parlement et non pas mise en place directement par voie d'ordonnance.

C'est le résultat d'un sondage BVA réalisé la semaine dernière pour l'Intersyndicale des biologistes et dont les détails pouvent être lus ici : http://www.lasanteauxencheres.fr/actions.php




Il y a deux niveaux de lecture de ce sondage.

D'abord, il montre que les Français sont attachés à la biologie de proximité et ont compris à juste titre la place de cette spécialité dans la filière de soins. Ils partagent avec les biologistes la crainte qu'une modification radicale du cadre de la spécialité pourrait avoir un impact négatif sur le service médical rendu par les labos.

Ensuite, il traduit leur inquiétude de la financiarisation rampante de la santé. "On" commence par la biologie (comme l'impose l'Union européenne) puis on s'attaque à la radiologie, aux cabinets de généralistes...etc et sans leur demander leur avis, du moins celui de leurs représentants au Parlement.

Vu les dégâts causés par cette financiarisation dans le secteur et immobilier bancaire, il est légitime (voire même recommandé !) de s'inquiéter de la voir s'intéresser d'aussi près à la santé.

GdM

lundi 6 octobre 2008

Prix Nobel 2008 : Deux Biologistes français récompensés !

Enfin, un prix nobel pour la recherche médicale française, 28 ans après Jean Dausset, 31 ans après Roger Guillemin et 43 ans après Jacques Monod, André Lwoff et François Jacob !

Ce sont finalement Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi qui ont eté couronnés pour leur découverte du HIV ou virus du SIDA en 1983 (à l'Institut Pasteur). La fondation Nobel a considéré que leur découverte a été le point de départ de la compréhension du virus, de la maladie et donc de la mise au point des thérapeutiques anti-rétrovirales (mais aussi des tests in vitro de dépistage et diagnostic utilisés en routine dans les laboratoires d'analyses !).

Pour être tout à fait complet (et honnête !) : ils partagent le prix avec l'Allemand Harald zur Hausen, qui a identifié les papillomavirus comme la cause des cancers du col de l'utérus. Le communiqué de presse de la fondation Nobel et les informations complémentaires très détaillées sont disponibles sur : http://nobelprize.org/nobel_prizes/medicine/laureates/2008/

Au delà de la joie et de la fierté que peut ressentir la communauté des chercheurs français, cette récompense amène plusieurs commentaires que je vous livre à chaud :

- le prix n'a pas été décerné à l'américain Robert Gallo, clôturant de facto la querelle franco-américaine sur la paternité de la découverte du VIH qui avait empoisonné dans les années 1990 les relations entre les deux communauté de chercheurs,

- le Pr Montagnier a souvent été critiqué dans les années 2000, parfois très durement, pour certaines de ses prises de position scientifiques (association mycoplasmes/VIH, les propriétés anti-oxydantes de la papaye,...) et son départ pour aller continuer ses travaux à New-York alors qu'il avait atteint l'âge de la retraite en France. Ses détracteurs se feront-ils plus discrets ?

- c'est le deuxième prix consécutif pour la recherche française après celui de physique pour Albert Fert en 2007. Finalement, le modèle français de la recherche est-il si mauvais que ça ?

Laissons le débat aux experts.
Pour ma part, je me contente de féliciter ces deux biologistes émérites.

GdM
Modeste ancien élève de l'Institut Pasteur.

vendredi 3 octobre 2008

Du 4 au 12 octobre : REIN-seignez-vous !

Tous les professionnels de santé, et en première ligne, les biologistes, se mobilisent à l'occasion de la 4ème semaine nationale du rein, organisée par la Fédération nationale d'aide aux insuffisants rénaux du 4 au 12 octobre 2008.
(voir les site dédiés : http://www.semainedurein.fr ou http://www.fnair.asso.fr )

Le premier objectif de cette campagne est de sensibiliser et d'informer le public sur les pathologies rénales qui évoluent le plus souvent à bas bruit et qui sont souvent considérées à tort comme des maladies sans gravité. Le second objectif est d'organiser le dépistage de ces pathologies afin d'en favoriser une prise en charge précoce.

Concrètement, le public est invité à se rendre à un laboratoire pour réaliser un dosage de créatinine sanguine. Le biologiste estimera alors la fonction rénale à l'aide de la formule de Cockroft ou du MDRD et délivrera trois documents : un pour le patient, un pour le médecin traitant et un pour la FNAIR. Cette dernière compilera les résultats recueillis pour une grande enquête épidémiologique.

Cet évènement permet de souligner deux évidences :

1- la place importante qu'occupe la biologie médicale dans la prise en charge des pathologies rénales (à ce sujet la haute autorité de santé - HAS - a édité plusieurs recommandations professionnelles dont la plus récente peut être consulté via ce lien :
http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_689330/ald-n-28-suite-de-transplantation-renale-de-l-adulte


2- les laboratoires de biologie sont souvent sollicités pour participer à des campagnes de santé publique ( dépistage du risque cardiovasculaire, dépistage de l'hépatite C,...) du fait de la proximité, de la disponibilité et de l'engagement des biologistes.

Cette participation aux opérations de santé publique sera-t-elle possible lorsque les laboratoires n'appartiendront plus aux biologistes mais à des investisseurs non médicaux comme le propose le rapport Ballereau ?
Rien n'est moins sûr.

GdM