jeudi 17 décembre 2009

Le destin lié des Architectes et des Biologistes.

Pourquoi je parle d'architecture dans un blog de biologie médicale ? Au delà de mon goût certain pour cet art, il y a une convergence avec un dossier actuellement brûlant que les confrères et consœurs auront aisément identifié. Oui, je parle de la condamnation de l'Ordre des Pharmaciens par la Commission Européenne pour entrave à la concurrence. Il n'y a pas pour l'instant de confirmation officielle, les seuls qui ont communiqué à ce sujet sont le SDB hier et l'excellent blog du SJBM.

Les conséquences d'une telle condamnation, si elle venait à se confirmer, seraient lourdes, très lourdes pour la santé en général et pour la biologie en particulier. En attendant d'en savoir plus, je soumets à votre sagacité un article paru cette semaine le Figaro.

Je cite :

"La Commission européenne estime que [la] circulation [des biens et des personnes] est limitée par la loi française qui impose que l'architecture comporte impérativement une majorité d'architectes...les personnes morales non architectes, ne pouvant pour leur part, détenir que 25%. "

Le président du Conseil national de l'Ordre des architectes rappelle que les sociétés d'architecture ne sont pas des sociétés comme les autres. Elles sont inscrites au tableau de l'Ordre, obligatoirement assurées et soumises à des obligations déontologiques. Il estime que la transposition de la directive européenne sur les services va mettre fin à l'indépendance des cabinets d'architecte. Il lance un appel à Christine Lagarde, ministre de l'Economie.

Ça ne vous rappelle rien ?

GdM



mercredi 16 décembre 2009

Disparition de la biologie médicale au début du XXIème siècle : l'exemple français.

C’est le titre d’un travail de recherche qu’a présenté dernièrement Ali-Joshua Bristol devant la société d’archéologie clinique de Munich. J'ai récemment rencontré et interrogé cet historien sur les raisons pour lesquelles il a réalisé cette étude quelque peu atypique.

Selon votre conférence, tout a commencé par une rencontre avec un Collègue français.
AJB -Tout à fait. Ce collègue, issu du sud de la France, m’a transmis quelques notes dont il savait qu’elles allaient m’intéresser. C’était les transcriptions d’un entretien qu’il avait eu avec un vieil oncle appelé GdM. Ce dernier racontait à chaque repas de famille et à qui voulait les entendre des anecdotes sur son premier métier aujourd’hui disparu.

Pourquoi étaient-elles intéressantes ?
AJB- En tant qu’historien de la santé, j’étudie les évolutions du modèle sanitaire mis en place en Europe durant le XXème siècle. La disparition d’une spécialité médicale qui a rendu autant service représentait pour moi un objet d’étude particulièrement instructif. Grâce au vieil oncle, j’ai eu une idée assez précise du quotidien de cette profession. Il faut savoir qu’à l’époque, les gens se rendaient dans un lieu appelé laboratoire, souvent proche de chez eux, pour faire ce qu’ils appelaient des analyses médicales. Du sang leur était prélevé le matin pour être analysé ensuite par des automates. Ils revenaient le soir même pour récupérer les résultats de ces analyses, imprimés sur des feuilles de papier. Bien sûr, je simplifie un processus qui pouvait être parfois beaucoup plus complexe. Mais comme aujourd’hui les choses sont tellement différentes, cette simplification est nécessaire pour bien visualiser le cœur de ce métier.

Que s’est-il passé ?
AJB- Pour bien comprendre parlons de chiffres. En 2008, la France a dépensé 170 milliards d’euros pour se soigner dont 4,5 milliards pour cette spécialité qu’est la biologie médicale. Le déficit de la Sécurité sociale était alors de 20 milliards d’euros. Il fallait tout tenter pour faire des économies, or à cette période, la biologie médicale était assaillie de toute part : par une plainte européenne, par un lobby qui prônait une biologie déréglementée, par certaines administrations qui voyaient d’un mauvais œil les revenus des biologistes, par l’accumulation des innovations techniques qui rendait la rupture inéluctable. De plus, son cadre réglementaire, qui datait de 1975, ne jouait pas en sa faveur. Je ne parle pas des biologistes qui n’ont pas vu ou voulu voir cette rupture arriver. Cette hypothèse reste difficile à démontrer car c’était une profession discrète, qui ne faisait pas de bruit. Les documents qui relatent leur « faits d’armes » sont très rares, j’en ai trouvé quelques uns qui concernent la loi Evin et d’autres, vingt ans après, rédigés par l’intersyndicale des biologistes contre la loi HPST.

Selon vous, qu’est ce qui a précipité la disparition de cette profession ?
AJB- La disparition ne s’est pas faite d’un coup. Il y a d’abord eu ce que j’appelle « la grande rupture » en janvier 2010. Deux textes fondateurs sont à l’origine de cette rupture : la norme ISO 15189 : 2007 et la version V14.4 de l’Ordonnance sur la biologie médicale. Le premier texte est normatif et le second est réglementaire. Ce qui a déclenché la réaction en chaîne est relativement simple : le second texte, apparu chronologiquement après, a rendu le premier obligatoire. Les conséquences ont été radicales. Pour bien comprendre de quoi il s'agit, il faut imaginer que le laboratoire du coin de la rue dont je vous ai parlé tout à l’heure devait en l’espace de 6 ans se transformer en prestataire de niveau international puisque c’est l’objectif même d’une norme internationale ISO (iso = en tout point identique). Le coût financier, en compétences et en charge de travail était tel que mécaniquement plus de la moitié des laboratoires ont dû fermer avant 2016. Les laboratoires se sont logiquement concentrés avec la mise en place d’une logistique impressionnante. La normalisation a été telle que les patients se faisaient prélever de la même manière partout en France, les valeurs de références pour les analyses étaient partout identiques et les comptes rendus étaient rédigés à l’identique du nord au sud. L’industrie du diagnostic a également beaucoup souffert car les biologistes sont devenus extrêmement exigeants. Du coup, deux géants se sont partagés le marché : les groupes Sioche et Remens car ils ont pu s'adapter aux nouvelles contraintes.

Les économies ont-elles pu être réalisées ?
(AJB sourit) - Revenons aux chiffres. Cette rupture a concerné 2,5 % du budget global de la santé. Si 50% d’économies sont réalisées sur la biologie, elles ne peuvent diminuer le budget global que de 1,25%. Fallait-il tout changer ? Je vous laisse le soin de répondre.

Que s’est-il passé ensuite ?
AJB- Ce n’est pas très clair. Nous manquons de données précises mais la population a continué de vieillir consommant de plus en plus d’examens. Les industriels se sont regroupés et ont augmenté le prix de leurs automates, réactifs et prestations. De fait, il est probable que les économies d’échelle réalisées aient été vaines. Par ailleurs, l'Ordre des pharmaciens qui est un des piliers de la profession a été secoué par l'instruction européenne et ceci a peut-être eu un impact sur la suite des évènements. Mais nous continuons la recherche de documents de l’époque pour le confirmer.

La biologie médicale a finalement cessé d’exister en tant que telle.
AJB- Oui. Aux alentours de 2030, le concept même de laboratoire a disparu laissant la place aux « with you », ces boitiers qui nous accompagnent partout et qui, entre autres fonctions, surveillent en permanence nos paramètres vitaux. Mais ça c’est du présent, cela ne m’intéresse pas beaucoup. (Deux bips différents retentissent). D’ailleurs mon « with you » me signale que je dois manger mais en diminuant ma ration de lipides. Que dit le vôtre le vôtre ?

Que mon taux de sérotonine s’élève. Vous êtes libre pour dîner ?
AJB- Absolument. Je vous raconterai une autre histoire passionnante, celle de la radiologie.


Sandra Yuan-Riviêre.
Mars 2043, pour European e-News.

Mes amis, j'ai enfin mis la main sur les textes de la version V14 de l'ordonnance et de la norme 15189 : 2007. J'ai comme l'impression qu'on a pas finit d'en entendre parler ! L'avenir nous le dira bien.
GdM

lundi 16 novembre 2009

Accréditation et JIB : la réaction d'Hervé à celle d'Alain.

L'Ordonnance est encore en gestation. La version qui circule actuellement porte le n°13 et quelques articles restent encore à rédiger. Sur le terrain, celui des biologistes qui prélèvent, signent, téléphonent aux prescripteurs, surveillent les contrôle de qualité et se battent avac la paillasse de bactériologie (quand ce n'est pas celle d'immuno-hématologie...), rien ne change si ce n'est cette sensation d'un malaise qui monte...
Je laisse ainsi la parole à Hervé qui a commenté le post précédent :


"Merci pour ce ressenti que je partage.
Hélas, force est de constater amèrement que :
- Les vieux biologistes ont profité gains de productivité plutôt pour se rémunérer que pour investir.
- DGS et Cofrac continuent de comparer sur un plan purement financier la biologie à l'allemande et la biologie française.=> ce ne sont bien évidement pas les mêmes prestations.
- L'accréditation est un coût fixe de plusieurs milliers d'euros par type d'analyses pratiquées.
En conclusion, les jeunes biologistes sont les grands perdants de la réforme. Impossible de créer de nouveaux laboratoires en raison de la charge d'accréditation. Dans les "Laboratoires" nouvelle version, le salariat ou l'association ne leur permettront que d'oeuvrer dans des sites de prélèvement. Cela fait mal de faire un Bac +10 et n'utiliser que le certif de prélèvement non ? Je ne parle pas des jeunes techniciens qui deviendront hyper spécialisés (comme en HP). Difficile de trouver des personnels polyvalents et bien formés.
Une rupture s'annonce qui consolidera à terme le rôle des financiers dans les structures.
Les actions : contester la légitimité du SDB. Protester par courrier auprès de vos députés, de notre ministre de la santé, et de Mr Ballereau. Adhérer à un syndicat qui vous représentera au mieux de vos opinions. Demander à l'intersyndicale une journée d'action "Biologie Morte".
A bon entendeur. "

Merci Hervé pour votre contribution.
Juste une précision, on lit souvent que la validation d'une méthode coûte cher. C'est vrai si on tient compte de la centaine de tests qu'il faut réaliser, du temps technicien, de l'amortissement de l'automate, du temps biologiste pour analyser les résultats et du temps qualiticien (je m'initie à la bonne vieille comptabilité analytique...) mais je ne pense pas que ce coût atteigne plusieurs milliers d'euros. Si un auditeur Cofrac (un vrai, un dur pas un consultant à deux balles) veut bien nous donner son avis ici , ce serait bienvenu.
GdM

samedi 7 novembre 2009

Accréditation et JIB : la réaction d'Alain...

Mon cher Alain, bonjour.
Il y a eu hier aux JIB, la session du SDB avec l'Assemblée générale et une présentation sur l'Ordonnance. Mme Bachelot, qui a annulé sa visite de jeudi matin, était censée y participer mais cette visite n'est pas signalée sur son agenda officiel. Quant à votre serviteur, il n'a pas non plus pu y participer donc je ne peux rien en dire ! Comme beaucoup de biologistes bloquées dans leur labos, je souhaiterai avoir un retour sur cette réunion.
Du coup, pour alimenter le débat, je mets votre commentaire en post principal :
Et bien, ça y est, le départ de l'opération "destruction de la biologie médicale libérale" est donné. Et pour moi, c'est du grand n'importe quoi ! Nous vendre la considération européenne comme motivation pour être accrédité, je me demande si on ne touche pas le fond. Mais les technocrates n'étant jamais en mal de propositions aussi farfelues qu'inapplicables, je m'attends encore à d'autres "ballerinades" du même accabit.Et cette norme dont les contraintes seront totalement inapplicables à moins de 500 d/j (et encore, n'oubliez pas amis biologistes que cette norme prévoit à l'heure actuelle un programme d'accréditation pour chacune de nos disciplines), il ne faut surtout pas "baisser son niveau"... Est ce à dire que nous autres "petits biologistes de province et de campagne" n'exerçons pas correctement ?La portée de cette norme, je commence à vraiment l'appréhender et je ne sais pas quoi faire : vendre le labo à un groupe et n'y faire plus que des prélèvements, bien triste avenir pour notre personnel et nous..., s'atteler à sa mise en application tout seul est complètement illusoire... Malheureusement, le seul moyen de s'en sortir, si on y réfléchit bien est de transformer les sites périphériques en pourvoyeur de bilans qui alimenteront le plateau technique qui lui seul aura la capacité technique et financière pour s'adapter aux contraintes de la norme. Là réside certainement le souhait de nos chers législateurs. Mais comment fera t on en campagne, dans les coins reculés ? Quel accès aux soins pourrons nous proposer à nos patients ?Et qu'on arrête de nous vendre la médicalisation de la profession comme une victoire ! Il ne se passe pas un jour où nous ne téléphonons pas aux médecins et Dieu sait que c'est parfois difficile tellement ils sont peu joignables ! Nous exerçons déjà une profession médicale. Désolé cher GdM, je suis un peu remonté en ce moment et j'essaye de traduire cela dans mes propos. J'ose espérer qu'il existe encore certains Confrères qui pensent comme moi...
Pas de problèmes Alain ! Ce blog est un espace de discussions...
Amis biologistes (même vous dont le labo est accrédité et qui nous regardez avec un oeil amusé...si, si !) participez au débat.
GdM

mercredi 4 novembre 2009

Au sujet de l'accréditation, M. Ballereau déclare : " Attention, le temps passe vite".

Cet après-midi, au JIB 2009, il y a eu une session très studieuse sur l'accréditation. Organisée par la SFBC, elle a vu défiler au pupitre plusieurs orateurs qui ont synthétisé les avancées des groupes de travail dédiés à l'application de la norme 15189. Les nombreux biologistes présents ont ainsi appris que la SFBC préparait une grande série de documents (99 pour être précis) qui devraient être utiles pour structurer le manuel qualité version 15189. Ces documents devraient être accessibles aux adhérents de la Société.

Il y a eu ensuite une longue séance de questions-réponses à laquelle, surprise, M. Ballereau a participé, il l'a même conclue en évoquant les points suivants :

1- Les hôpitaux publics en général, et les CHU en particulier, ne seront pas crédibles s'ils ne sont pas accrédités. Les directeurs de ces établissements seraient, selon ses dires, particulièrement sensibilisés à cette obligation légale et devraient dégager les moyens, surtout humains, pour la mettre en œuvre (les biologistes hospitaliers présents ont émis quelques doutes à ce sujet),
2- Il a salué le travail d'explication et d'interprétation de la portée de la norme par la SFBC. Selon lui, la norme doit être appliquée avec pragmatisme mais sans "descendre le niveau". Il s'agit d'appliquer la norme, toute la norme et rien que la norme.
3- Le temps passe vite et il est urgent que les biologistes appréhende rapidement la portée de cette norme pour passer aux actes.
4- L'effort fourni par les biologistes français ne sera pas vain puisqu'il permettra en retour d'améliorer la norme, de la mettre en adéquation avec les réalités du terrain et de diffuser en Europe le processus de médicalisation de la biologie qui au cœur de la réforme française.

Applaudissements polis de la salle.

En clair, Amis Biologistes, vous êtes des pionniers, le chemin sera long, parsemé de sang et de larmes mais le jeu en vaut la chandelle car vous inaugurerez au yeux de l'Europe émerveillée une nouvelle ére pour la biologie médicale.
Présenté ainsi, le tableau est charmant, presque émouvant, mais la réalité du terrain est bien plus complexe pour au moins deux populations de biologistes : les "petits labos" libéraux et les labos hospitaliers. Pas sûr qu'ils aient les moyens d'enfiler ce costume de pionnier.

GdM